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Kung Fu, gong fu, gung fu? Pourquoi autant d’écritures pour définir la même chose?

Quelques précisions sur les termes utilisés de nos jours dans le Wushu.

Le mandarin, appelé aussi communément le Hanyu (langue des Han), est la langue principale utilisée en Chine. De nombreux dialectes existent selon les régions. La romanisation des termes mandarin est appelée « pinyin », créée autour des années 50. Celui-ci s’impose de nos jours comme étant la norme internationale. Beaucoup de termes, noms de style ou techniques ont été traduits à l’époque par des traducteurs improvisés qui ne connaissaient pas forcément l’une des deux langues. Néanmoins, les traductions phonétiques de l’époque sont toujours utilisées et sont devenues une norme de nos jours.

Exemple de traductions phonétiques devenues normes :

– « Kung fu » est l’écriture phonétique du terme « gong fu » en pinyin.

– « Tai chi chuan » est l’écriture phonétique du terme « Tai Ji Quan » en pinyin.

– « Wing Chun » ou « Ving Tsun » est un terme cantonais. La traduction mandarine de ce terme est donc « Yong Chun » en pinyin.

La romanisation des termes chinois est importante car la phonétique prête souvent à confusion.

Par exemple :

L’exemple le plus courant est le terme « ma » qui, selon le ton, peut signifier mère, une terminaison interrogative, cheval ou insulter.

Le terme « chuan » (tai chi chuan), qui signifie communément poing pour les pratiquants français de Tai Ji, peut se traduire avec les termes : bateau, enfiler (un vêtement) et transmettre. Alors que le terme chinois pour poing s’écrit normalement « quan ».

Le terme « da » signifie à la fois frapper et grand.

« Da ma » peut donc signifier grand cheval ou « frapper? ».

Les Chinois peuvent par déduction comprendre le sens d’un terme. Néanmoins, l’exercice a des limites et nécessite un contexte.

Dernier point, le chinois est aussi une langue imagée. Deux caractères simples assemblés peuvent parfois signifier tout autre chose, provoquant parfois des situations assez hilarantes pour nous, Chinois. Par exemple :

« Lui » s’écrit « ta », « mère » s’écrit « ma ». À votre avis, que signifie « ta ma » ? Innocemment, vous allez sûrement dire « sa mère »… En fait, c’est littéralement la traduction du terme putain en français ou fuck en anglais.

En conclusion, je vous laisse cette petite pépite de traduction que je vais laisser aux autres le soin de traduire. Ne vous improvisez pas interprète et ne faites pas confiance à Google Traduction 😁

Sagesse du ciel, de la terre et des hommes

Il faut gravir la montage pour pouvoir juger de la hauteur du ciel.

Il faut descendre au fond de la vallée pour pouvoir juger de la profondeur de la terre.

Il faut écouter la leçon des anciens maîtres pour pouvoir apprécier les vertues de l’apprentissage.

Les paroles des érudits, même vieilles de milles ans, ne doivent pas être oublié.

Le ciel, la terre et les hommes.

La notion de titre dynamique en chinois

La culture chinoise pratique un système de titres qui reflète l’âge et le statut social, plutôt que la position que l’on pense avoir. Par exemple, des termes comme « shushu » (叔叔, oncle), « gege » (哥哥, frère aîné), « sifu » (师傅, maître), « didi » (弟弟, frère cadet), « jie jie » (姐姐, sœur aînée) et « mei mei » (妹妹, petite sœur) sont utilisés pour s’adresser aux individus en fonction de leur âge et de leur rang dans la hiérarchie.

Un autre terme important est « shushu », qui signifie « oncle » et est utilisé pour désigner les hommes plus âgés de manière respectueuse. En revanche, il serait impensable d’appeler un homme plus âgé « didi », qui signifie « petit frère », ou simplement par son prénom, car cela serait perçu comme un manque de respect. Au lieu de cela, on privilégiera des termes qui reflètent le respect dû à son aîné.

Cette pratique des titres est profondément ancrée dans la philosophie confucéenne, valorise les relations hiérarchiques et le respect des aînés. Selon Confucius, l’harmonie sociale repose sur des relations bien définies, où chacun connaît son rôle et respecte les autres en fonction de leur âge et de leur position.

Ce système de titres est particulièrement pertinent dans le domaine des arts martiaux, où des termes spécifiques sont utilisés pour désigner les relations entre maîtres et élèves, mais aussi entre pratiquants d’une même lignée. Voici une liste des titres couramment utilisés dans ce contexte :

« Shifu » (师傅) : Ce terme signifie « maître » et est utilisé pour désigner un instructeur ou un enseignant dans les arts martiaux.

« Shige » (师哥) & « Shijie » (师姐) : Ces termes signifient respectivement « frère aîné » et « sœur aînée » dans le contexte martial, désignant un élève qui a plus d’expérience que la personne qui emploie ce terme.

« Shidi » (师弟) & « Shimei » (师妹) : Ces termes signifient respectivement « frère cadet » et « sœur cadette » dans le contexte martial, désignant un élève qui a moins d’expérience que la personne qui emploie ce terme.

« Shishu » (师叔) & « Shigu » (师姑) : Ces termes signifient respectivement « oncle » et « tante » de votre sifu dans le contexte martial.

« Shimou » (师母) : Ce terme signifie « épouse du maître » et est utilisé pour désigner la femme du « sifu ».

« Shixiong » (师兄) : Ce terme désigne un frère aîné et peut également englober l’ensemble des frères et sœurs martiaux, qu’ils soient aînés ou cadets.

Il est crucial de noter que ces titres ne peuvent pas être transposés d’un individu à l’autre. Chaque titre doit être adapté en fonction de SA PROPRE position sociale, de l’âge et de l’expérience de la personne à qui il est attribué. Par conséquent, l’utilisation appropriée des titres est essentielle pour respecter les dynamiques sociales et les relations interpersonnelles dans le contexte martial.

Ces titres sont essentiels dans la culture des arts martiaux, car ils établissent une hiérarchie claire et respectueuse entre les pratiquants. Chaque titre comporte des implications en termes de responsabilités, de respect et de relations interpersonnelles. Par exemple, un élève ne s’adresserait jamais à un « sifu » en utilisant un titre informel, car cela irait à l’encontre des valeurs de respect inhérentes à la pratique.

En dehors des arts martiaux, ces termes sont également utilisés pour établir des relations respectueuses. Les enfants sont éduqués dès leur plus jeune âge à utiliser ces termes de manière appropriée, car ils sont considérés comme une marque de respect et de politesse.

Exemple :

Mon grand frère d’arme, Xi Chen :

Je l’appelle shixiong, shige pour dire grand frère de pratique, ou simplement Xi Ge pour dire frère Xi

Pour mon fils, qui est mon héritier, il devra lui adresser la parole avec le titre shishu ou shushu pour dire frère de pratique de son propre sifu ou simplement oncle

En somme, la culture des titres en Chine, et en particulier dans les arts martiaux, n’est pas simplement une question de langage. Elle reflète des valeurs culturelles profondes qui soulignent l’importance de la hiérarchie, du respect et des relations interpersonnelles.

🎄✨ Hon Hap Kune vous souhaite une Joyeux Noël et une Bonne Année 2025

En cette période de fêtes, je tiens à vous adresser mes meilleurs vœux pour Noël et une excellente année 2025 ! Que ces moments soient emplis de joie, de sérénité et de beaux instants partagés avec vos proches.

🙏 Un grand merci à vous tous, membres, pratiquants et amis, pour votre soutien indéfectible. Ensemble, nous cultivons des valeurs essentielles : discipline, respect, et dépassement de soi, tout en célébrant la richesse de notre héritage culturel à travers la danse du lion et bien plus encore.

✨ Que 2025 soit une année pleine de succès, de progrès et de découvertes, autant dans votre pratique martiale que dans votre vie personnelle. Continuons à écrire ensemble cette belle histoire, toujours animés par notre passion commune.

🎁 Joyeuses fêtes à toutes et tous !
À très bientôt lors de nos prochains événements.

Avec toute mon amitié martiale,

Président de l’association Hon Hap Kune

« I Am What I Am »

« I Am What I Am » est un film d’animation chinois qui raconte l’histoire inspirante de Gyun, un jeune garçon timide issu d’un village rural. Passionné par la danse du lion, un art traditionnel chinois, il décide de se lancer dans cette discipline exigeante malgré les moqueries et les obstacles. Avec l’aide de ses amis et d’un maître atypique, il apprend non seulement les techniques de cet art liee au kung fu, mais aussi des leçons précieuses sur la persévérance, l’amitié et la recherche de soi.

À travers des scènes vibrantes et pleines d’émotion, le film met en lumière la richesse de la culture chinoise et la force du dépassement de soi.

Le film complet sous titré en anglais

Les écoles oubliées

Il existe en France des écoles invisibles, fondées par ceux qui ont accompagné la vague d’immigration des années 1980. Ces écoles, dirigées par des maîtres humbles et discrets, qui restent souvent à l’écart des fédérations et des projecteurs. Ces écoles forment principalement la communauté asiatique, transmettant un kung-fu authentique qui va bien au-delà de la simple pratique martiale ou sportive. C’est un art mêlant le combat, respect des traditions ancestrales parfois religieux, et transmission culturelle.

Dans l’ombre, ces écoles façonnent des pratiquants du véritable kung-fu chinois. Celui-ci englobe non seulement l’art du combat, les formes et les armes, mais aussi des disciplines comme la danse du lion et le culte des ancêtres qui symbolise la profondeur d’une tradition millénaire.

J’utilise délibérément le terme kung-fu et non wushu, car ce dernier est devenu réducteur face à l’étendue de l’apprentissage que ces écoles peuvent offrir. Elles ne forment pas des compétiteurs, mais des dépositaires d’un savoir ancien et d’une pratique traditionnel qui ne demande qu’a être perpétuée.

Parmi ces rares écoles, je souhaite évoquer Yeng Mow Tang, située dans le 13e arrondissement de Paris. Fondée dans les années 1980, elle fut le berceau de mes premiers pas dans le kung-fu et la danse du lion en 1998, d’abord au gymnase Caillaux, puis dans la cour de l’église de notre dame de chine dont l’édifice n’existait meme pas a l’époque de mes entraînements. C’est là que j’ai appris à tenir mon premier mabu, à exécuter mes premières griffes du tigre, sans imaginer qu’un quart de siècle plus tard, je pousserais encore les mêmes rugissements.

C’est au sein de la communauté asiatique, loin des institutions officielles, que le véritable kung-fu s’est transmis, génération après génération. Si vous assistez aux festivités du Nouvel An chinois dans le 13e arrondissement, vous pouvez encore apercevoir les fruits de cet héritage. Devant les échoppes animées de Chinatown, au rythme effréné des tambours qui résonnent comme un battement de cœur, à travers le panache de fumée des pétards éclatants, et au-dessus de la marée humaine, se dessine un spectacle improvisé. Les démonstrateurs, vêtus de tenues bariolées, exécutent leurs plus belles formes, emportés par le tambour et par les acclamations de la foule. C’est ici que s’exprime leur kung fu, loin des tapis de compétition et la solitude des tatamis.

Cependant, ces écoles sont confrontées aux défis du temps : la modernisation, les responsabilités sociales et professionnelles des élèves, et le désintérêt croissant de la nouvelle génération, attirée par des sports médiatisés ou olympiques. Peu à peu, ces fragments de vie et de tradition, apportés en France avec tant de courage et de dévouement, s’éteignent.

Aujourd’hui, je rends un vibrant hommage à ces écoles de l’ombre, à leur savoir-faire inestimable, et à leurs maîtres qui, dans la discrétion, ont bâti des ponts entre les cultures. Puisse leur mémoire être perpétuée, et leur flamme ne jamais s’éteindre.

Peut on s’appeller soit meme sifu ou da sifu?

En Chine, il est inconcevable de s’appeler soi-même sifu ou da sifu, car ces titres doivent venir des autres, jamais de soi. Cette appellation reflète le respect et la reconnaissance des élèves ou de la communauté pour l’expertise, l’enseignement, la maîtrise et la sagesse d’une personne.
Se proclamer ainsi serait perçu comme un comportement arrogant et contraire aux valeurs fondamentales des arts martiaux chinois, qui reposent sur l’humilité et la vertu 德(dé).

Un sifu n’a pas besoin de se nommer ainsi : son rôle, ses compétences et son comportement suffisent à lui donner cette légitimité. C’est un titre honorifique, basé sur le respect mutuel, et non une désignation administrative ou technique. Dans la culture chinoise, c’est à la communauté ou aux élèves de reconnaître ce statut, jamais à l’individu de l’imposer sauf si vous êtes un petit raton laveur blanc.

Kevin

Wushu ou Cosplay ?

Cette petite phrase peut prêter à sourire, mais elle amène une réflexion sur notre pratique. Avec le temps, je vois de plus en plus de pratiquants arborant des tenues complètes de moine Shaolin, de prêtre taoïste, de guerrier chinois légendaire (Guan Yu pour ne citer que lui), de héros de wu xia, ou de toges chinoises (Ip Man) du XXe siècle.

Souvent issues de l’industrie cinématographique, ces tenues entretiennent une image assez fantasmée ou idéalisée de la Chine ancienne, avec une recherche évidente d’esthétisme jouant sur des marqueurs ethniques ou des spécificités régionales. Ce phénomène n’est pas nouveau et fait l’objet de promotion par le gouvernement chinois et les vidéos TikTok (Douyin), touchant tous les domaines avec l’émergence du néo Shangri-La et sa culture musicale, le retour en force du Hanfu (robe traditionnelle chinoise) et bien évidemment sa déclinaison martiale avec les Eimei Girls, les shaolins boys, les Ip Man style etc…

Rien de péjoratif, ma fille fait partie d’une troupe de danse et de musique qui s’habille en hanfu et fait même du cosplay de personnages de jeu.

Aujourd’hui, je vois de plus en plus de pratiquants habillés de tenues sophistiquées ou extravagantes lors des démonstrations de wushu ou compétitions. Encore une fois, il n’y a rien de péjoratif dans mes propos, mais je m’interroge sur l’impact que cela peut avoir sur nos pratiques, et surtout vis-à-vis du respect de la tradition. En effet, les tenues vestimentaires renvoient à une culture et une tradition, parfois religieuse ou même guerrière.

La tenue vestimentaire est fortement empreinte de symbolisme, marquant parfois l’histoire de la Chine. Par exemple, le foulard porté sur la tête est lié aux rébellions qui ont secoué la Chine depuis l’Antiquité. La coupe de cheveux (ou son absence) renvoie à un serment ou à une appartenance religieuse ou ethnique. Les bracelets de force sont des accessoires de démonstrateurs. La coiffe plate est un signe distinctif de lettré, etc …

Bref, la liste est longue et je suis loin d’être le plus connaisseur en la matière. Cela me rappelle une discussion que j’ai eue avec mon maître. En effet, je voulais porter une tenue de bure jaune Shaolin, mais mon maître m’a rappelé que ces tenues ont un symbole et surtout une tradition que je ne dois pas bafouer pour des raisons futiles.

« Tu n’es pas moine ni même pratiquant de shaolin, pourquoi leur manques-tu de respect ? »

En conclusion, il est important de réfléchir à la signification des tenues que nous portons et de respecter les traditions qu’elles représentent. Cela nous permet non seulement de préserver l’authenticité de notre pratique, mais aussi de rendre hommage à ceux qui ont marqué l’histoire de ces disciplines.

Effort et Résultats

功夫不负有心人 (gōng fū bù fù yǒu xīn rén).
Cela se traduit littéralement par « Le travail acharné ne trahit pas celui qui persévère ». Cela signifie que des efforts constants et une persévérance inébranlable finissent toujours par porter leurs fruits. Ce chengyu met en lumière l’importance de l’effort et de la patience dans la réalisation de ses objectifs.

Dans notre société moderne, où l’on privilégie souvent le résultat immédiat au détriment de l’effort et de la patience, la pratique d’une discipline telle que les arts martiaux chinois peut sembler difficile, voire frustrante, pour ceux qui espèrent constater rapidement des résultats ou une progression en fonction de leur investissement financier, temporel ou physique. Pourtant, ces arts exigent avant tout de la patience et de la persévérance. Ils se construisent sur le long terme, à travers un effort constant du corps et de l’esprit.

Si votre professeur est imprégné de la culture chinoise, vous apprendrez que ces pratiques se fondent également sur la loyauté et la vertu, plutôt que sur un intérêt immédiat. Le temps et l’effort sont des éléments essentiels qui constituent l’essence même du terme « Kung Fu ». Ce mot signifie littéralement « maîtrise par le travail acharné », auquel il convient d’ajouter la notion de temporalité.

Cela contraste fortement avec la pensée cartésienne, qui tend à résoudre les problèmes en isolant leurs différents composants pour proposer la meilleure solution dans un cadre défini. En revanche, la pensée chinoise, influencée par le taoïsme, perçoit la réalité de manière plus fluide et holistique. Un problème à un moment T peut ne plus en être un à un moment T+1, et une solution valable à un moment donné peut perdre toute pertinence par la suite. Cette approche valorise l’adaptation, l’harmonie et le développement continu, en opposition à une logique plus rigide et analytique, propre à l’Occident.

L’image des personnages habillés en bonzes qui manifestent pour exiger la vacuité est une métaphore saisissante d’une société basée sur l’investissement et le résultat immédiat.

En somme, les arts martiaux chinois nous enseignent que la véritable progression ne se mesure pas à l’aune de résultats immédiats, mais à travers le temps, l’effort, et l’alignement avec des principes de vie plus profonds.