Jet Li à Emeishan : le wushu entre sport, culture et humanité

Conférence de Jet Li (李连杰) – 17 octobre 2025 – Emeishan, Chine

Lors des 10ᵉ Championnats du Monde de Wushu Traditionnel à Emeishan, Jet Li a livré une intervention rare, profonde et sans concession sur le sens du wushu dans le monde contemporain.
Au-delà d’un simple discours historique, cette conférence a posé une question fondamentale :
👉 le wushu est-il destiné à devenir un sport de performance, ou doit-il rester avant tout une culture au service de l’être humain ?

Introduction

Cette conférence était exclusivement destinée à certains participants sélectionnés des 10ᵉ Championnats du monde de kung-fu traditionnel, organisés à Emeishan, en Chine.
Seuls quelques représentants par équipe nationale étaient éligibles à cet événement exceptionnel et fermé.

Fait notable — et troublant — : à ce jour, il n’existe aucune trace publique de cette conférence, ni sur le web international, ni sur les plateformes chinoises. Cette absence totale de diffusion interroge, et mérite d’être expliquée. C’est ce que nous aborderons plus loin.

Bâtiment officiel à Leshan

Le séminaire s’est déroulé dans un bâtiment officiel du gouvernement chinois, sous haute surveillance. Chaque participant a été contrôlé et fouillé à l’entrée, dans un dispositif de sécurité strict.

Sur les tables de conférence, un récepteur de traduction simultanée a été distribué à chaque participant. Jet Li s’est exprimé majoritairement en chinois, avec plusieurs passages en anglais.
Cependant, la traduction anglaise s’est révélée très approximative, rendant la compréhension difficile. Les passages en anglais n’étaient naturellement pas traduits, et Jet Li alternait parfois les deux langues au sein d’une même phrase, ce qui exigeait une maîtrise solide du chinois et de l’anglais pour suivre pleinement son raisonnement.

En pratique, seules les personnes comprenant correctement les deux langues pouvaient saisir l’intégralité et la subtilité de son discours.

Le texte présenté ci-dessous est issu de mes notes personnelles prises durant le séminaire, croisées et consolidées avec celles d’un autre participant américain. Cette mise en commun a été rendue possible grâce à l’aide d’Alexandre Cordaro, permettant de restituer avec la plus grande fidélité possible le fond et l’intention réelle du propos de Jet Li.


Le wushu comme produit de l’histoire humaine

Jet Li commence le séminaire en replaçant le wushu dans une continuité historique longue. À l’origine, il s’agit d’un outil de survie, de guerre et de protection. L’arrivée des armes à feu (arme chaude) a relégué les armes « froides » au second plan, et le wushu s’est progressivement orienté vers des pratiques plus sportives et codifiées, à l’image de l’archerie, de l’haltérophilie, de l’entraînement au “poids cheval”, ou encore d’autres exercices de force et de technique.
Cette évolution a profondément modifié l’équilibre : les armes traditionnelles et les techniques martiales ont perdu leur fonction première, entraînant une transformation inévitable du wushu.

Ce phénomène n’est pas unique. Comme l’archerie, l’équitation ou l’haltérophilie, le wushu est devenu progressivement symbolique, sportif et culturel.

Il s’est interrogé sur l’utilité actuelle de l’apprentissage de certaines techniques traditionnelles de renforcement, de coupe et de casse. Des pratiques qui avaient un sens dans leur contexte historique, mais qui, aujourd’hui, n’ont plus de réelle application concrète — leur usage pouvant même conduire à des conséquences légales, « autrement dit, à la prison », selon ses propres mots.
Le wushu ne peut donc plus être compris uniquement comme un art de combat réel. Il remet également en lumière les limites de l’être humain face à son propre corps et à ses capacités naturelles. Jet Li évoque notamment les limites humaines — la vision, l’audition, la perception, la réactivité — et la manière dont le wushu a historiquement cherché non pas à les nier, mais à les comprendre, les exploiter et les dépasser intelligemment.

Mais pour Jet Li, cela ne signifie pas que le wushu ait perdu sa valeur : il a simplement changé de rôle.


Un art aux multiples usages

Pourquoi pratique-t-on le wushu aujourd’hui ?

De la même manière qu’un médecin possède plusieurs spécialités, le wushu offre plusieurs chemins, selon les besoins de chacun :

  • se renforcer,
  • se défendre,
  • performer,
  • ou simplement mieux vivre.

Jet Li identifie plusieurs motivations :

  • le spectacle et l’image (cinéma, télévision),
  • la compétition sportive,
  • le combat réel.

Chacune de ces orientations génère un wushu différent, avec ses règles, ses méthodes et ses limites. Le problème apparaît lorsque l’une de ces dimensions prétend représenter le tout.

Dit moi quel est ton objectif, je te dirais quel kung fu apprendre

Un pratiquant américain présent à la conférence résume cette idée avec justesse :

« Wushu is more than a sport — it is a culture. »

Le mot wushu (武术) signifie littéralement arts martiaux, pas compétition, pas olympisme.
La compétition n’est qu’un outil, pas une finalité.


La métaphore du café

Jet Li utilise une métaphore assez moderne pour parler du wushu et le compare au Café au lait :

  • Le café noir : le wushu sportif, olympique, le combat
  • Le sucre : la culture, l’histoire, les médias (TV, ciné)
  • Le lait : la santé, le bien-être, l’équilibre intérieur
  • Boire uniquement du café noir est un choix possible, mais c’est amer
  • Prendre le sucre seul c’est bon mais pas pour la santé
  • Le lait c’est bon pour la santé mais c’est fade.

Le véritable “café au lait”, c’est l’ensemble : le café, le sucre et le lait. De la même manière, le wushu complet réunit les trois dimensions essentielles, à savoir le sport, la culture, la santé

Chacune de ces composantes est importante, mais c’est leur union qui donne au wushu toute sa profondeur et au café au lait toute sa saveur.

Jet Li estime que seuls 1 à 9 % des pratiquants s’intéressent réellement au wushu dans son ensemble, dans toutes ses dimensions — martiale, culturelle et humaine.
Paradoxalement, environ 10 % découvrent le wushu principalement par la culture populaire (télévision, cinéma, médias), sans nécessairement en explorer toute la profondeur.
La grande majorité, soit au moins 80 %, pratique avant tout pour la santé, consciemment ou non, avec l’idée — explicite ou implicite — de préserver et de transmettre ces bienfaits aux générations futures. Enfin, environ 1 % des pratiquants s’intéressent principalement à la perspective olympique. Jet Li ne cherche pas à en rajouter, mais il choisit clairement de ne pas placer cette orientation au centre de sa réflexion.

Fidèle à sa métaphore, il préfère aujourd’hui se concentrer sur le “sucre” et le “lait” — la culture et la santé — plutôt que sur le seul café noir de la performance sportive.

C’est précisément pour cette raison que Jet Li souhaite aujourd’hui concentrer ses efforts sur la culture et la santé, qu’il considère comme les fondements du bonheur et de la pérennité du wushu.
La majorité pratique avant tout pour la santé, consciemment ou non au travers des pratiques populaire comme le Tai chi et du Qi Gong.

C’est précisément là que réside, selon lui, l’avenir du wushu.

Le wushu n’a pas besoin de huit heures d’entraînement quotidien pour exister.
Parfois, huit minutes suffisent.
Des pratiques comme le Yi Jin Jing incarnent cette approche : cultiver le corps, équilibrer l’esprit, nourrir le bonheur.

Dans cette vision, le wushu devient un outil de bien-être collectif, accessible à tous, indépendamment de l’âge, du niveau ou de l’ambition sportive.


La vision personnelle de Jet Li : loisirs, culture et équilibre

Jet Li a expliqué pourquoi il avait préféré que sa fille pratique la danse et le piano plutôt que le wushu dès son plus jeune âge. Pour lui, la danse et la musique sont avant tout des loisirs, des disciplines qui permettent de développer la sensibilité, le plaisir et la créativité, sans pression de performance. Mais il n’exclut pas le wushu : « pourquoi pas le wushu ? » ajoute-t-il, rappelant que la pratique peut aussi être joyeuse et enrichissante si elle est abordée sous l’angle culturel et artistique.

Selon lui, la musique et l’art n’ont pas de limite et sont intemporels, et c’est cette même liberté qu’il souhaite pour le wushu. Jet Li ne se considère pas comme un professeur, mais comme un promoteur du wushu, cherchant à transmettre sa culture et ses valeurs. Il a même inventé le concept de Kung Fu Dancing, une manière de combiner mouvements martiaux et expression artistique.

Il encourage les humains à prendre le temps de s’intéresser à la culture et au wushu pour cultiver leur bonheur, tout en critiquant la sur-utilisation des téléphones portables qui nous éloigne de cette attention à soi et aux autres.

Pour illustrer sa pensée, il a fait un rapprochement avec le karaoké : chanter sans ambition de devenir chanteur professionnel, simplement pour le plaisir et la joie de l’expérience.

Pour Jet Li, le wushu est une pièce à deux faces : d’un côté le kung fu, de l’autre le wushu, incarnation du combat et de la technique en opposition à la voie culturelle, artistique et humaine. Les deux dimensions doivent coexister pour que la pratique conserve sa profondeur et son sens.


Le wushu face à l’olympisme

Casquette JO Dakar 2026

C’est ici que le discours de Jet Li devient sensible et critique envers l’évolution du wushu

Alors que l’IWUF, soutenue par les institutions chinoises, promeut activement l’intégration du wushu dans les grandes manifestations sportives internationales — notamment les Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026 — Jet Li adopte une position surprenament distante.

Il ne rejette pas l’olympisme, mais refuse d’en faire un horizon ultime et critique :

  • l’excès de codification,
  • la perte de lisibilité du wushu,
  • l’illusion d’égalité créée par des règles qui standardisent l’expression.

Selon lui, à force de vouloir rendre le wushu mesurable, on risque de le rendre incompréhensible, y compris pour ceux qui le pratiquent depuis des décennies.

Avant, lors d’un saut, je faisais 2 tours sur moi. Aujourd’hui, ils en font tellement que je n’arrive plus à compter. Je ne sais même plus comment classer les six premiers athlètes.


Un paradoxe révélateur

Le séminaire lui-même était sponsorisé par l’IWUF, et des objets promotionnels distribués mettaient en avant Dakar 2026.
Cette coexistence entre discours critique et communication olympique révèle une fracture silencieuse

Jet Li ne se positionne ni comme professeur, ni comme dirigeant, mais comme promoteur culturel.
Son ambition n’est pas de former des champions, mais de faire émerger, dans chaque pays, des volontaires du wushu : des personnes capables de transmettre une vision plus large, plus humaine.


Conclusion

Selon moi, le message final de Jet Li est clair, et il dépasse largement le cadre du wushu.

Le wushu n’existe pas pour gagner des médailles.
Il existe pour aider les êtres humains à mieux vivre.

Sport, culture et santé ne doivent pas s’opposer, mais se compléter.
Lorsque l’une de ces dimensions écrase les autres, le wushu perd son sens et sa profondeur.

C’est précisément dans cette optique que Jet Li conclut son intervention par une phrase simple, ancienne, mais universelle :

「五湖四海,我们都是兄弟。」
Wǔ hú sì hǎi, wǒmen dōu shì xiōngdì
« Des cinq lacs et des quatre mers, nous sommes tous frères. »

Cette citation n’est pas une simple formule poétique de clôture. Elle est chargée de culture et de sagesse, et porte un sens profond dans l’histoire de la Chine.
Pour Jet Li, elle résume parfaitement sa vision : un wushu humaniste, universel et fraternel, qui dépasse les frontières, les classements et les ambitions personnelles, et qui place l’être humain et la culture au cœur de la pratique.

L’équipe de France assiste nombreux a cette conférence
Ticket d’entré

Kevin Heng 2026

Les doubles dagues dans le wushu

L’image d’une femme chinoise tirant de son chignon deux dagues affûtées pour vaincre ses adversaires est devenue emblématique du cinéma et de la littérature wuxia. On la retrouve dans de nombreux films, opéras et romans. Mais quelle est la part de réalité historique derrière ces armes ?

Dans la Chine impériale, les femmes n’avaient généralement pas le droit de porter des armes visibles en public. Pourtant, dans les familles pratiquant les arts martiaux, dans les milieux militaires ou dans les sociétés secrètes, certaines femmes étaient formées au combat, à l’autodéfense ou à des missions de transport ou d’espionnage.

Pour contourner les contraintes sociales, elles utilisaient parfois des armes petites, discrètes et facilement dissimulables.

Parmi les plus célèbres :

•Épingle de cheveux dont la tige était une lame

•Aiguille de cheveux, accessoire de coiffure parfois affûté

•Aiguilles volantes métalliques à lancer

•Dague courte les fameuses bi shou, simple ou double (shuang)

Bien qu’elles ne soient pas destinées au combat de mêlée, ces armes constituaient pour les femmes un moyen de protection ou d’assassinat, discret et efficace.

Dans les arts martiaux traditionnels du Sud de la Chine on apprend à manipuler des armes dissimulables destinées aux femmes, notamment dans l’autodéfense familiale ou dans les milieux liés aux sociétés secrètes.

Bien que les dagues dissimulées dans les cheveux n’aient plus d’usage contemporain, leur image influence encore les chorégraphies de taolu de double dagues dans certains styles du Sud

Les Shuang Bi Shou 匕首雙

Les 匕首雙 désignent les double-dagues, conçues pour être utilisées par pair en combat rapproché. Ces armes appartiennent à la catégorie des armes courtes et double qui privilégiées la rapidité et la maniabilité.

Les dagues existent en Chine depuis l’Antiquité, mais l’usage coordonné de deux dagues apparaît surtout fin de la dynastie Ming jusqu’à la dynastie Qing dans les milieux civile et les sociétés secrètes.

Dans certaines écoles du Sud, elles se sont popularisées auprès des combattants qui cherchent : la mobilité, le combat en espaces étroits (escaliers, ruelles, intérieurs, dans les bateau rouges), la neutralisation rapide à courte distance

Les double-dagues varient selon les régions, mais on retrouve des caractéristiques communes :

~25–40 cm par dague, lame droite ou légèrement courbe, un ou deux tranchants

Garde souvent réduite pour garder la compacité.

Manche courte pour une prise ferme.

Suffisamment léger pour des mouvements rapides.

Les versions moderne incluent des anneaux autour de cette poignée qui permettent de faire tinter les armes ainsi que des foulards.

Fait interessant les foulard ne sont pas en contradiction avec la nécessité de dissimulation car celui-ci permet de cacher les dagues aux yeux de tous et même lors de son utilisation.

En utilisation, les shuāng bǐshǒu se distinguent des armes longues ou lourdes : ce sont des armes de précision, de vitesse et de flux continu. La prise peut être droite ou inverse.

Les principes fondamentaux sont les suivants :

•Coordination des deux mains

•Attaque et défense simultanées

•Mouvement angulaire pour contourner la garde adverse

•Visée des articulations, muscles et parties vitales

•Travail en proximité immédiate

•Changement de prise rapide pour varier la manipulation

Les techniques et stratégie sont :

•Les dagues sont toujours cachées sauf durant les frappes.

•Une dague parre, l’autre frappe

•Une dague piège le bras, l’autre frappe

•Alternance très rapide d’attaque pour submerger la défense

•Privilegier la lutte pour déstabiliser et frapper

•Déplacement rapide et agile du corps

On retrouve les shuāng bǐshǒu dans plusieurs écoles du Sud, dont : le Choy Li Fut, le Hung Gar, Fut Gar, Mok Gar, Styles Hakka (pak mei entre autres).

Hon Hap Kune Champion du monde

🥇🥈 Hon Hap Kune Torcy brille sur la scène internationale 🇫🇷

Lors du 10ᵉ Championnat du Monde de Kung Fu (World Kungfu Championships), organisé par la Fédération Internationale de Wushu (IWUF), 2 élèves de l’association Hon Hap Kune de Torcy, ont brillamment remporté plusieurs médailles.

📍 Lieu : Mont Emeishan, Sichuan (Chine)

📅 Dates : du 14 au 20 octobre 2025

🌏 Participants : plus de 5 000 athlètes issus de 54 nations et régions

🏆 Résultats : 4 medailles

🥇 1ʳᵉ place — Bâton (Gun Shu)

🥈🥈 2ᵉ place — Main nue (Nan Quan)

🥉 3ᵉ place — Poignards (Shuang Bi Shou)

Depuis 1993, Sifu Billy Tsé, maître de Tai Chi Wu et de Kung Fu Hon Hap Kune, transmet son savoir à Torcy, formant ses élèves à l’excellence et aux techniques traditionnelles chinoises.

L’association propose des cours accessibles à tous niveaux, permettant de découvrir et pratiquer Kung Fu traditionnel, Tai Chi Wu et Hon Hap Kune, et de perpétuer un héritage martial reconnu internationalement.

Hon Hap Kune Torcy : plus de 30 ans de transmission, d’excellence et de succès internationaux.

https://www.facebook.com/photo/?fbid=1375110924625438&set=a.373023974834143

Avoir du cœur, du souffle et de l’énergie

Text motivation

Les démonstrations sur le tapis ne sont pas de simples performances scéniques.
Elles sont un engagement total du pratiquant, une expression de son art, de sa maîtrise et de son âme. Le public — ou le jury — n’évalue pas seulement la technicité du mouvement, mais aussi l’esthétique, l’intention, l’expressivité et la présence scénique.

Quel que soit le style — Taolu, Kata, Poomsae, etc. — chaque forme reste avant tout un combat imaginaire.
Un affrontement contre des adversaires invisibles, que le pratiquant doit dominer avec ses techniques, son mental et son esprit. Chaque geste doit avoir un sens, une cible, une fonction : attaque, défense, projection, esquive… Rien n’est décoratif.

Pour que la prestation devienne vivante, crédible et puissante, il faut réunir trois forces essentielles :
🔥 le cœur, pour insuffler l’intention et l’émotion ;
💨 le souffle, pour donner rythme, continuité et maîtrise ;
la sauvagerie / l’explosivité, pour libérer l’impact, l’intensité, la détermination.

À cela s’ajoutent bien sûr la technique et les qualités physiques — mais sans ces éléments, aucune démonstration ne peut réellement toucher.

La tête, elle, guide toujours avant que le corps ne frappe.
C’est le regard qui porte l’intention, qui annonce l’action, qui fait naître l’adversaire imaginaire dans l’esprit du spectateur. Vivez chaque mouvement jusqu’au bout. Laissez vos émotions traverser votre geste. Si le jury ou le public ressent votre rage, votre calme, votre détermination, alors il comprendra votre message.

Image : le guerrier qui balaie l’ombre de ses doutes.

Image : le guerrier qui balaie l’ombre de ses doutes.

La famille Wu : l’héritage vivant du Tai Chi Chuan

Les origines : Wu Jianquan (吳鑑泉 / Wú Jiànquán)

Les origines : Wu Jianquan (吳鑑泉 / Wú Jiànquán)

Voici une première photo datant des années 1930.
Au centre, vous reconnaîtrez peut-être Wu Jianquan, figure emblématique du style Wu de Tai Chi Chuan.

Son portrait vous est familier : il est affiché devant vous à chaque entraînement.
Dans de nombreuses disciplines martiales, il est d’usage d’honorer le fondateur en exposant son image.

Ce geste, simple en apparence, transmet bien plus qu’une photo :

  • Il installe une atmosphère faite de rigueur, de concentration et de respect.
  • Il nous rappelle que le Tai Chi Chuan que nous pratiquons aujourd’hui s’inscrit dans une lignée, transmise de génération en génération, jusqu’à notre propre maître.

Même sans connaître toute l’histoire du Tai Chi Chuan, on ressent intuitivement que ce qui est enseigné est un héritage vivant, un art transmis avec soin, dans le respect de ses racines et de ses principes.


📖 Un peu d’histoire…

🧧 Maître Wu Jianquan (1870 – 1942)

Fils de Wu Quanyou (吳全佑 / Wú Quányòu), officier mandchou de la garde impériale et élève de Yang Luchan (楊露禪 / Yáng Lùchán), fondateur du style Yang,
Wu Jianquan enseigna le Tai Chi Chuan au 11ᵉ corps de la garde présidentielle, formant ainsi les gardes du palais et les élites militaires.

En 1936, il fonde à Shanghai la Jianquan Taijiquan Association, qui deviendra un centre majeur de diffusion du style Wu.

Les familles Wu et Yang, très proches, collaborèrent longtemps sur le développement du Tai Chi Chuan.
Mais c’est Wu Jianquan qui adapta la pratique pour la rendre accessible à tous, marquant ainsi la naissance du style Wu tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Il eut deux fils — Wu Gongyi (1900 – 1970) et Wu Gongzao (l’un des maîtres de Maître Billy Tsé) — ainsi qu’une fille, Wu Yinghua (吳英華 / Wú Yīnghuá).


Ma Yueliang (馬岳樑 / Mǎ Yuèliáng) et ses élèves

Ma Yueliang (馬岳樑 / Mǎ Yuèliáng) et ses élèves

Sur cette deuxième photo, on voit Ma Yueliang, au centre, tenant un éventail, entouré de ses élèves.

Issu d’une famille mandchoue, peuple nomade réputé pour sa maîtrise du combat rapproché, Ma Yueliang fut disciple de Wu Jianquan.
Durant sa formation, il rencontra Wu Yinghua, la fille du maître, qu’il épousa en 1930.
Ensemble, ils eurent plusieurs enfants et participèrent activement à la diffusion du style Wu en Chine et dans le monde.


La transmission : la famille Ma

Cette dernière photo montre la famille Ma :
Wu Yinghua, Ma Yueliang et, à droite, leur fils Ma Jiangbao (馬江豹 / Mǎ Jiāngbào).

C’est ce dernier qui jouera un rôle essentiel dans la transmission du Tai Chi Chuan Wu en Europe, notamment auprès de Maître Billy Tsé.

La poésie du Kung-Fu

Chaque style possède sa propre panoplie de techniques — des gestes d’attaque et de défense qui forment l’alphabet de notre kung-fu.

Ces exercices fondamentaux, où chaque mouvement devient une lettre gravée dans le corps, s’enchaînent pour devenir des mots. Ensemble, ils forment le vocabulaire corporel de notre art.

Vient ensuite la posture, la respiration, la fluidité intérieure : c’est le shen fa, la calligraphie du kung-fu, où le corps devient pinceau et l’espace, la page blanche. C’est la manière d’écrire, la plume invisible qui façonne le style et donne une âme à nos mots.

Les enchaînements codifiés face à des adversaires imaginaires deviennent un dialogue. Chaque technique est une conversation en mouvement, porteur d’une stratégie, d’un rythme, d’une intention. Ce sont les taolu, les chapitres d’un art martial devenu langage.

Et lorsque les mots, l’écriture et les chapitres s’unissent…

C’est un poème qui prend vie.

Un art.

Une mémoire.

Un language silencieux.

Qui transforme…

La brutalité en grâce,

La confrontation en harmonie,

Le combat en dialogue intérieur.

☯️ Tid Wan Tang

Sagesse de Chinda

« Le Tai Chi Chuan et le Kung Fu Wushu sont des termes génériques.
Avant d’envisager un changement de nom pour notre école, il est essentiel de clarifier ce que nous pratiquons réellement.

En tant qu’ancien élève — et toujours élève — du Maître Billy, je considère que notre école est une véritable perle rare, profondément ancrée dans la tradition.

Concernant le Tai Chi :

Maître Billy nous enseigne le Tai Chi de la famille Wu, à l’exception de la forme aux doubles éventails.
Personnellement, je pratique également le Tai Chi de la famille Yang, mais je suis très attaché à celui de la famille Wu, car il est plus rare et conserve une certaine originalité.

Concernant le Kung Fu :

Maître Billy nous transmet deux styles authentiques et traditionnels :
•⁠ ⁠Le style ou famille Hung (Hong)
•⁠ ⁠Le style Hap, développé par les moines tibétains

À propos du Kung Fu Wushu moderne :

Le Kung Fu Wushu tel qu’on le voit aujourd’hui en compétition a été créé il y a environ 60 ans, à peu près en même temps que la gymnastique acrobatique au sol.
Son objectif principal est la performance visuelle et athlétique. Il mélange des mouvements issus de plusieurs styles traditionnels pour produire des formes spectaculaires, destinées aux démonstrations ou aux concours.

Les pratiquants expérimentés et avertis, en quête d’une pratique traditionnelle authentique, reconnaissent que notre école est une perle rare — mais encore faut-il le faire savoir.

Ce n’est là que mon avis personnel. »

Chinda, élève avancé de sifu Tsé

Le Hung Gar à travers la cosmologie corrélative

… ou concept avec des noms pompeux mais qui signifie simplement Harmonie à 2, 3, 5 ou 12 facteurs.

Le Hung Gar est un art complet qui ne se limite pas à des techniques martiales ; il incarne une vision du monde, héritée de la pensée chinoise classique confucianiste, taoïste et bouddhiste.

On y retrouve les principes du Yin-Yang, des Cinq Éléments (五行 wǔxíng) et même des correspondances avec la nature (éléments) et les animaux.

Yin et Yang ☯️ dans la pratique

Les postures basses et enracinées (comme Ma Bu) = Yin, stable, interne.

Les frappes explosives et montantes = Yang, mobile, externe.

Un enchaînement comme le Tit Sin Kuen (鐵線拳 – « Forme des fils de fer ») joue constamment sur ces équilibres Yin/Yang, entre tension/détente, interne/externe, inspiration/expiration.

Les 3 harmonies

Comme en médecine chinoise, le but est l’équilibre dynamique. Le pratiquant de Hung Gar cherche à :

Équilibrer la force, l’endurance et l’agilité

Harmoniser le corps, le cœur et l’esprit

Aligner les énergies du souffle, de l’intention et de l’âme

Les Cinq Animaux / Cinq Éléments

Certains styles de Hung Gar, notamment celui de Wong Fei Hung, intègrent les cinq animaux :

Tigre, Grue, Léopard, Serpent, Dragon

Ces animaux peuvent être corrélés aux cinq éléments :

Feu, Terre, Métal, Eau, Bois

Chaque animal incarne une énergie spécifique, un organe, une saison, et même une émotion selon la cosmologie traditionnelle.

Les 12 ponts

Les 12 ponts du Hung Gar (十二橋) représentent les principes fondamentaux de connexion, tant sur le plan martial qu’énergétique. Ils servent à relier l’interne et l’externe, le visible et l’invisible, l’action et l’intention.

Ces ponts ne sont pas que physiques (les bras, la structure, armes), ce sont aussi des attitudes mentales et spirituelles qui permettent de traverser les oppositions, d’absorber et de transformer la force de l’adversaire.

Parmi ces 12 ponts, on retrouve des concepts comme :

Gong (force), Yau (souplesse), Jik (directe), tai (soulevement), Fan (retournement) etc…

Chaque pont a son aspect yin et yang, son application martiale et son interprétation énergétique. Leur maîtrise permet au pratiquant de faire le lien entre la forme et l’essence, entre le geste et le sens.

Discutons de la légitimité

Dans le monde du wushu, la légitimité fait référence à la reconnaissance d’un pratiquant en tant que représentant crédible et légitime d’un style, d’une école ou d’un courant. Elle se construit à travers le parcours, l’enseignement reçu, les résultats obtenus et l’engagement dans la transmission. Être légitime, ce n’est pas seulement savoir faire : c’est aussi être reconnu comme porteur d’un savoir, d’une tradition ou d’une expertise digne de respect.

En tant que pratiquants, nous consacrons des années à forger notre corps et notre esprit dans la quête de maîtrise. Mais au-delà de cette progression personnelle, nous construisons également notre légitimité en tant qu’enseignants, avec pour objectif de transmettre notre art aux générations futures.

La légitimité peut revêtir plusieurs formes. Elle peut être transmise ou construite, et parfois, elle émerge simplement par l’exercice même de l’enseignement. Chacune de ces formes a ses spécificités, ses forces et ses limites.

➡️La légitimité par transmission

C’est probablement la plus intuitive à comprendre : un enseignant ayant lui-même reçu un enseignement long et significatif de la part d’un maître reconnu. Cette légitimité repose sur le temps passé, l’intensité de la pratique, et la reconnaissance d’un lien maître-disciple. Elle peut être formalisée par un titre, un diplôme ou une désignation explicite comme représentant d’une lignée.

Paradoxalement, c’est aussi la plus exigeante. Elle suppose loyauté, exemplarité, et la prise en charge de responsabilités au sein de l’école ou de la tradition.

➡️La légitimité construite

Elle se fonde sur des éléments que l’on acquiert ou bâtit par soi-même. Cela peut inclure :

Des titres remportés en compétition, que ce soit en technique ou en combat ;

Des grades ou diplômes fédéraux, qui donnent une légitimité dite “officielle” ou légale ;

Une réputation construite sur des faits d’armes, des démonstrations impressionnantes, voire parfois des récits légendaires ;

Une auto-formation sérieuse, nourrie de stages, de lectures, de vidéos — bien que cela ne permette généralement pas de revendiquer l’appartenance à une lignée ou une école traditionnelle.

➡️La légitimité de fait (ou d’opportunité)

Il enseigne. Point.

Parfois, la simple action de transmettre, sans reconnaissance formelle ni filiation directe, suffit à établir une forme de légitimité. Elle peut être temporaire, contestée, ou validée a posteriori par les résultats obtenus.

☯️Pour terminer, il est évident que ces formes de légitimité ne pèsent pas toutes de la même manière selon les individus. Certains valorisent avant tout la lignée et la profondeur de la transmission. D’autres ne jurent que par l’efficacité martiale ou les résultats en compétition. D’autres encore se fient aux diplômes officiels.

Et vous ?

Comment définissez-vous votre propre légitimité ?

Quelle importance accordez-vous à ces différentes formes de reconnaissance ?

Illustration proposée : Une enfant pratiquant le Wushu sous l’œil bienveillant de son sifu, agenouillé à hauteur des autres enfants.

Le Wushu : Héritage des Temps Anciens à l’Ère du 2.0

Dans une société moderne où l’on privilégie le gain immédiat et la connaissance superficielle, l’individu se perd souvent dans une illusion de réussite virtuelle. Pourtant, certains continuent de chercher l’accomplissement à travers l’effort personnel, en s’engageant dans la pratique d’un art traditionnel.

Devenir sifu, enseigner le Wushu (Kung Fu) et former des élèves reste le rêve de nombreux pratiquants. Mais dans sa tradition, le Wushu est avant tout une affaire de transmission, un lien profond entre maître et disciple. Le rôle du maître ne se limite pas à enseigner des techniques : il transmet aussi une culture, une histoire, une philosophie. L’élève ne doit pas seulement apprendre à reproduire des mouvements, mais à comprendre l’essence du Quan, au-delà de l’esthétique.

Le maître observe, évalue, façonne. Il jauge les valeurs morales et l’engagement de son élève, et décide, le moment venu, de transmettre un savoir, un titre, ou un héritage. Cette étape charnière prend souvent la forme d’une cérémonie d’acceptation, acte symbolique par lequel le maître accorde son nom, sa confiance, et une responsabilité : celle de perpétuer la lignée.

Mais cette vision, aussi noble soit-elle, exige du temps, de la patience et une proximité réelle avec le maître – des conditions de plus en plus difficiles à réunir dans un monde régi par la rapidité et la rentabilité. L’approche moderne du Wushu est souvent plus individualiste, parfois vénale. Le pratiquant n’a plus besoin de consacrer des années à l’étude auprès d’un seul maître. Il peut voyager, suivre des stages à l’autre bout du monde, accumuler des certifications, apprendre dans des livres ou via des vidéos. Il peut obtenir des grades officiels, briller en compétition, et, à 25 ans, ouvrir légalement son école et enseigner.

Cela soulève alors plusieurs questions essentielles :

Quand devient-on véritablement sifu ? (et je ne parle pas ici de coach sportif)

À quel moment notre légitimité à transmettre est-elle fondée ?

Quels savoirs sont indispensables pour transmettre ?

Peut-on encore parler de transmission traditionnelle à l’ère moderne ?

Chacun place son curseur là où il le souhaite. Pour certains, il suffit d’une tenue jaune pour s’autoproclamer sifu et créer une école « traditionnelle ».

Pour d’autres, une vie entière ne suffira pas à assumer ce titre, et ils garderont leurs connaissances jusqu’à leur dernier souffle.